Coach de l’ombre -2-

Joanne Fontana

L'interview de Marika Seydoux

 

C’est aujourd’hui au tour de Marika Seydoux, 28 ans et originaire du canton de Fribourg, de nous raconter ses expériences en tant que coach de l’ombre. Cela fait trois ans que cette dernière accompagne et encourage son petit ami et cycliste Adrien Chenaux, et ses histoires feront sans aucun doute l’unanimité chez nos lecteurs !

  1. « Adrien a ses petites habitudes en ce qui concerne la manière dont je dois le ravitailler lors des courses. Avant chacune, ce dernier me prépare un plan du circuit avec tous les postes de ravitaillement et tous les endroits où je devrai me trouver pour lui distribuer ce dont il a besoin précisément à ce moment de la course. L’histoire que je vais vous raconter s’est déroulée lors d’une compétition à Grindenwald, où je devais prendre une télécabine chargée de mes grosses roues de rechange ainsi que de mon sac rempli de gourdes pour rejoindre l’emplacement indiqué sur mon plan. Dans cette cabine, j’ai rencontré une dame qui elle aussi, était là pour ravitailler son petit ami au même endroit que moi. La discussion engagée, nous avons papoté de bon cœur quand tout d’un coup, nous nous sommes rendu compte que nous venions de rater la station intermédiaire à laquelle nous devions absolument descendre pour le premier ravitaillement. Alors que nous continuions de monter vers le terminus de la cabine, nous pouvions voir les coureurs descendre en sens inverse vers le fameux ravitaillement, la panique ! Nous n’avons pas hésité, même si cela ne fait pas vraiment, à vite reprendre la cabine dans l’autre sens une fois arrivées au sommet en espérant être plus rapides que les cyclistes. Il nous a quand même fallu courir de la station intermédiaire jusqu’au poste de ravitaillement, chargées comme des mules pour arriver à la seconde précise où nous hommes sont arrivés : nous avons juste eu le temps de tendre le bras avec la gourde. Nous étions certes détrempées, mais soulagées d’être arrivées à temps ! »

 

  1. « Un jour, Adrien m’a demandé si faire un grand voyage pouvait m’intéresser. Son idée était de m’emmener avec lui à l’île de la Réunion pour une série de courses qu’il allait faire sur place. Dans un premier temps j’ai hésité : ce genre de périple coûte cher et nous étions en couple depuis peu, seulement six mois. Et puis pour me convaincre, Adrien m’a proposé un deal. Si j’accepte de partir avec lui tout en occupant le poste de masseuse de l’équipe, le billet d’avion et le logement me seraient offerts. Je ne suis pas une professionnelle, mais j’ai appris à masser les cyclistes et j’ai donc accepté ! Je me suis retrouvée la seule femme au milieu de neuf garçons, dans le même dortoir à faire quasiment tout, tous ensemble. Et lorsque les cyclistes de l’équipe étaient en course, je passais mes journées dans la voiture de leur manager à s’occuper des ravitaillements pour tous, alors que ne le connaissais absolument pas à cette époque. Je me suis finalement lié d’amitié avec tous les membres de l’équipe et ce souvenir du tour de l’île de la Réunion en est vraiment un beau. D’autant plus qu’après le côté cycliste de l’histoire, nous sommes restés, mon copain et moi, encore une semaine sur place uniquement les deux. C’est un voyage qui nous a soudé en tant que couple, que nous avons vécu comme révélation dans notre histoire amoureuse et c’est pour cela qu’il m’est tant précieux. »

 

  1. « Lors d’une course en Allemagne où comme d’habitude j’accompagnais Adrien armée de mon plan, de mes gourdes et des roues de rechange, ce dernier m’avait demandé de l’attendre au sommet pour un dernier ravitaillement avant l’arrivée. J’étais donc, comme prévu, au sommet au moment où Adrien passait. Puis, après son ravitaillement, j’allais suivre ses indications pour le retrouver à l’arrivée. Mais j’ai eu comme une intuition. Avant l’arrivée, un dernier poste de ravitaillement était prévu par les organisateurs de la course et j’ai senti que je devais m’y arrêter malgré ce que mon copain m’avait dit. Il faut croire qu’il est bon de parfois écouter son instinct : exactement à l’endroit où je l’attendais, Adrien a crevé de la roue arrière. Si je n’avais pas été là avec des roues de rechanges sur le dos, ce dernier n’aurait pas fini la course dans les premiers comme cela s’est finalement fait ! Comme quoi, accompagner un cycliste comme je le fais n’est pas une chose si anodine que cela… Depuis ce jour, je m’arrête à chaque poste de ravitaillement prévu à cet effet, on ne sait jamais ! »
Adrien1_Coach de l’ombre
Adrien3_Coach de l’ombre
Adrien2_Coach de l’ombre